Excerpt for Les jardins d'Aphrodite #1-Perséphone by Anne de Gandt, available in its entirety at Smashwords

LES JARDINS D’APHRODITE #1
Perséphone
Anne de Gandt

****
Published by:
Anne de Gandt at Smashwords
LES JARDINS D’APHRODITE #1 - PERSÉPHONE
Copyright (c) 2010-2012 by Anne de Gandt
Cover design and photography by Anne de Gandt

****

All rights reserved. Without limiting the rights under copyright reserved above, no part of this publication may be reproduced, stored in or introduced into a retrieval system, or transmitted, in any form, or by any means (electronic, mechanical, photocopying, recording, or otherwise) without the prior written permission of both the copyright owner and the above publisher of this book.

This is a work of fiction. Names, characters, places, brands, media, and incidents are either the product of the author’s imagination or are used fictitiously. The author acknowledges the trademarked status and trademark owners of various products referenced in this work of fiction, which have been used without permission. The publication/use of these trademarks is not authorized, associated with, or sponsored by the trademark owners.

Smashwords Edition Licence Notes
This ebook is licensed for your personal enjoyment only. This ebook may not be re-sold or given away to other people. If you would like to share this book with another person, please purchase an additional copy for each person you share it with. If you’re reading this book and did not purchase it, or it was not purchased for your use only, then please return to Smashwords.com and purchase your own copy.

****

Cassandre : compagne de Déméter
Déméter : compagne de Cassandre
Perséphone : fille d’Ysée et de Baltus
Aphrodite : amante d’Otterley
Otterley : amante d’Aphrodite
Eumène : soupirante
Baltus : père de Perséphone
Ysée : mère de Perséphone

****

PREMIÈRE PARTIE

Acte I, scène 1
Cassandre, Déméter, à une terrasse de café, Perséphone

Déméter
Crois-tu qu’elle va venir ? Cette attente me ronge le cœur.

Cassandre
Rassure-toi, la voici.

Perséphone
J’accours, un sentiment furieux me traverse, je cherche, en vain, à vous joindre depuis ce matin, mais le temps se joue de ma ferveur. Enfin, me voilà ! Votre vision adoucit ma peine, que j’ai grande depuis quelques semaines !

Déméter
Parle-nous à cœur ouvert, ne reste pas dans la douleur. Tant de mois se sont écoulés depuis que nous nous sommes quittées !

Cassandre
Le temps passe, en effet. Quelle est ta peine, mon amie ? Est-ce ton cœur qui saigne ? Brûles-tu d’amour, ou de haine ?

Perséphone
Je reviens des Enfers et ne vois pas le monde. Cela m’est odieux et j’en voudrais mourir ! J’ai beau regarder, je n’aperçois que tourments et colère. De l’amour véritable, n’entends point le nom.

Déméter
L’amour est un secret qui se murmure, Perséphone, l’aurais-tu oublié ?

Perséphone
De toute mon ardeur, brève et féconde, de tout mon cœur, je ne désire que cela ! Je le cherche, du pâle matin d’hiver au feu brûlant de l’été. J’en suis assoiffée mais n’en trouve point le goût. Son silence me glace. J’ai froid le jour, j’ai froid la nuit.

Cassandre
L’alchimie des sentiments est un creuset obscur où se meuvent nos désirs comme nos langueurs. Il vit en un lieu secret et se donne quand le regard ne s’aveugle plus.

Déméter
N’entends-tu point ce chuchotement qui renverse l’âme et pétrifie le cœur ? Es-tu certaine de bien chercher ?

Perséphone
Que faut-il faire pour rompre cet infernal sortilège ? Je me sens si seule ! Je pars à sa rencontre, cherche son visage, mais ne trouve que poussières. Où se cache-t-il ? Pourquoi suis-je aveugle à son éclat ?

Cassandre
Tes yeux sont-ils ouverts comme tu le prétends ? Ne les as-tu point fermés et tu l’ignores ?

Perséphone
Comment le saurais-je ? Comment reconnaître la lumière de l’ombre ? Ah, aidez-moi, je vous en prie, ne me laissez pas seule avec ce tourment. Je n’en puis plus, ma vie n’a pas de sens !

Déméter
Comment t’aider, chère Perséphone ? Que pouvons-nous faire ? As-tu seulement idée de ce que tu demandes ?

Perséphone
J’ai la volonté et la ferveur. Je n’ai pas peur. Que la flèche passionnée de l’amour brise les murs de ma citadelle et me libère ! Qu’enfin je vive ! Qu’enfin j’aime et sois aimée en retour ! Ah oui, mes amies, mes fidèles, montrez-moi le chemin !

Elle s’absente.

***

Acte I, scène 2
Cassandre, Déméter

Cassandre
Crois-tu qu’elle réalise ?

Déméter
Je l’ignore, Cassandre et suis très inquiète. Sa fureur semble forte. Trop, peut-être.

Cassandre
C’est un voyage dangereux, peut-on lui refuser ?

Déméter
Il serait lâche de la laisser ainsi. Elle souffre, à n’en point douter, et me fait peine. Comment lui expliquer ?

Cassandre
Il n’y a rien à expliquer, Déméter et tu le sais. Pas de carte, pas d’itinéraire. Seulement des signes, furtifs, subtils, éphémères. Où se cachent la passion volatile comme l’amour véritable. Car elle aime, n’est-ce pas ?

Déméter
Assurément ! Mais ce feu la dévore tout entière. Sais-tu de qui il s’agit ?

Cassandre
Je l’ignore. Mais cette erreur peut lui être fatale. Attention, la revoici !

***

Acte I, scène 3
Cassandre, Déméter, Perséphone, de retour

Perséphone
Alors, mes amies, allez-vous m’aider ? Me sortir de la peine ? Me montrer la lumière ?

Cassandre
Perséphone, aimes-tu ?

Déméter
Quelqu’un qui, peut-être, ne t’aimerait pas en retour ?

Perséphone
Comment savez-vous ? Cela se voit-il tant ? Ah, grands dieux, j’essaie de cacher ce qui me consume, en vain ! Eh bien oui, je ne puis me taire plus longtemps, j’aime ! Cela me torture et me déchire le cœur ! Je brûle, me consume et chavire dans le même temps. Je ne puis me confier, par crainte du ridicule.

Cassandre
Ridicule ? Mais de quoi parles-tu, ma chère ? Aimer n’est pas ridicule, c’est le contraire qui l’est.

Déméter
Quelle honte t’étreint donc ainsi ? L’interdit est-il si grand que tu ne puisses parler ? Allons, du courage ! Tu nous disais à l’instant que tu étais sans peur.

Perséphone
Cela est vrai, je ne redoute pas de parler… ce qui me ronge est impossible à décrire. J’aime… non, je ne puis. Ce serait détruire ce qui me fait vivre. Déconstruire ma forteresse, abattre les murs de mon secret. Vous vous moquerez, j’en suis sûre.

Cassandre
Crois-tu que ta faiblesse et ton tourment nous amusent ?

Déméter
Ne nous fais pas cruelles, chère Perséphone. Ce serait déshonorer la confiance que tu nous accordes.

Perséphone
Vous avez raison. Mais lorsque je veux parler, les mots se bousculent et sortent de ma bouche de manière irraisonnée. Cela me rend folle, c’est pourquoi je préfère me taire.

Cassandre
Souffres-tu ? Est-ce une douleur qui t’éveille la nuit, te surprend le jour, te plonge dans une langueur à laquelle tu voudrais échapper, sans y parvenir ?

Perséphone
Oui, c’est cela ! Je défaille en sa présence mais la réclame de tout mon cœur. Sa vue me fait pâlir, sa présence me brûle ou me glace. Moi qui aime tant contrôler, voici que mes sens m’échappent et se jouent de moi. Je voudrais m’abandonner, mais ne le peux. Je suis déchirée entre la vérité et un mensonge que je ne puis supporter.

Déméter
Il est temps de parler, ma chère. Ce cœur est décidément trop lourd.

Cassandre
Parle, Perséphone, ne reste pas dans le silence.

Perséphone, apercevant une silhouette au loin
Doux Jésus ! Je meurs, mes amies, cachez-moi à ce regard !

Déméter, se retournant dans un sourire
Perséphone, dis-moi, aimerais-tu le sexe faible ?

Cassandre, souriant à son tour
Voilà la raison du ridicule… Tu aimes une femme, ma chère et cela t’emplit de honte ? Quel curieux sentiment, n’est-ce pas, d’être troublée par ce que l’on croyait ne pas aimer.

Perséphone
Pourquoi dis-tu cela ?

Cassandre
La honte que tu éprouves est le droit chemin qui mène au reniement. De quoi as-tu honte ? D’aimer une femme ? Qu’elle ne t’aime pas ? Les deux ? Sois juste, ne te trahis pas.

Déméter
Il est trop tard de toute façon.

Perséphone
Je l’aime, oui, cela est vrai ! Mais je m’interdis de parler. Je songe à elle, son image m’obsède, ses paroles me traversent, son regard me transperce. Elle éclaire mes nuits et colore mes jours. Cela devrait me suffire, contenter ce cœur qui respire ! Grande est ma détresse, farouche mon désespoir, plus importants encore sont mes espoirs.

Cassandre
Lui en as-tu fait part ?

Perséphone
Oh non, mon dieu non ! Comment voudriez-vous…

Déméter
Lui déclarer ta flamme ?

Perséphone
Vous vous moquez.

Cassandre
Des interdits de l’amour je n’en connais que deux et celui-ci n’en fait point partie. Dis-moi, Perséphone, pourquoi ne parles-tu point ?

Perséphone
Ce serait rompre ce lien précieux ! Détruire ce rêve, je n’en n’ai point l’envie. Je choisis l’illusion de l’amour à son ardeur véritable, peu m’importe la vérité. Coupable je suis de ma traîtrise et de ma lâcheté. Mais je ne puis que mentir pour survivre à ce feu !

Déméter
L’aimes-tu pour ce qu’elle fait naître en toi ou pour ce qu’elle est ?

Cassandre
La plus grande illusion de l’amour est sans doute la passion.

Perséphone
Je l’ignore, mes amies, que répondre à cela ? Je la regarde sans qu’elle me voie. Sa beauté m’emporte ! Mais je demeure seule avec ce secret. L’amour n’est rien s’il n’est partagé. Mais la voici qui approche, mon dieu, cachez-moi !

Elle s’enfuit.

***

Acte I, scène 4
Cassandre, Déméter, Aphrodite

Aphrodite
Pardonnez-moi si je vous importune, mais connaîtriez-vous la jeune femme qui vient de vous quitter ? Je la cherche depuis plusieurs jours, en vain.

Déméter
Oui. Nous sommes amies.

Cassandre
Que pouvons-nous faire ?

Aphrodite
J’aurais souhaité connaître son nom. Nous nous sommes croisées, sans nous parler. Est-elle partie ?

Cassandre, à voix basse
Envolée, plutôt. Plus fort. Elle va revenir. Voulez-vous l’attendre ?

Aphrodite
Malheureusement, je ne puis. Le temps presse. Dites-lui que je cherchais à la voir. Mon nom est Aphrodite.

Déméter
Entendu.

Aphrodite
Merci, au revoir !

Cassandre
Peux-tu me dire où est Perséphone ?

Déméter, dans un sourire
La revoici.

***

Acte I, scène 5
Cassandre, Déméter, Perséphone

Perséphone
Ah mes amies, quelle peur ! J’ai cru mourir !

Déméter
Où diable étais-tu passée ?

Cassandre
Partie rejoindre tes mirages ?

Perséphone
Ah, je t’en prie, Cassandre, ne te moque point. L’avez-vous vue ? Lui avez-vous parlé ? Comment est-elle ? Vous a-t-elle dit son nom ?

Cassandre
Perséphone, c’est à elle qu’il faut poser ces questions !

Déméter
Elle cherchait à te voir, ma chère.

Perséphone
Oh, mon pauvre cœur ! Je ne puis survivre à cela ! M’aiderez-vous ? Que vais-je faire ? Je défaille, une fois encore.

Cassandre, ironique
Pas de pamoison entre nous.

Déméter, dans un sourire
Allons, un peu de compassion.

Cassandre
Tu as raison. Nous en diras-tu un peu plus ?

Perséphone
Je ne puis, car ne sais rien d’elle ! Nous nous sommes rencontrées il y a quelques jours lors d’un dîner et depuis son image me hante. J’ai le mal d’amour, le mal d’aimer, le mal tout court. Je suis écartelée entre l’envie féroce de lui parler et un silence obstiné. Quiconque l’approche me rend folle. Je suis prête à me battre pour elle ! Mourir ou vivre, peu m’importe !

Cassandre
Amoureuse, assurément.

Déméter
Indéniablement.

Perséphone
Ah, cessez de me torturer ainsi ! Vous, mes amies, je vous en prie, aidez-moi à sortir de ce tourment !

Déméter
Elle voulait connaître ton nom.

Perséphone, inquiète
Le lui avez-vous donné ?

Cassandre
Rassure-toi, nous avons été discrètes. Nous lui avons dit que nous étions amies. N’est-ce pas Déméter ?

Déméter
Pas un mot de plus.

Perséphone
Et maintenant ? Que faut-il que je fasse ?

Cassandre
Ne veux-tu point essayer de lui parler ? Il n’y pas de honte à se livrer.

Déméter
Comment sauras-tu si tu n’essaies pas ?

Perséphone
J’ai tellement peur ! Je suis une ombre, quand elle resplendit dans ma lumière !

Cassandre
Sainte Vierge, protégez-nous. Elle recommence.

Déméter
Perséphone, ressaisis-toi ! Cassandre, aide-la.

Cassandre
Bon. Très chère, répondez-moi. L’aimez-vous ?

Perséphone
Oui.

Cassandre
Alors, levez-vous et allez vous présenter avant qu’elle ne parte, ou je vais la chercher.

Perséphone se lève et, tremblante, s’éloigne.

Déméter
Comme cela, sans transition ?

Cassandre
Que voulais-tu que je fasse ? Il faut bien vivre, il faut bien mourir !

***

Acte I, scène 6
Perséphone, Aphrodite

Perséphone
Je cherchais à vous voir.

Aphrodite
Je suis heureuse de vous revoir.

Perséphone
Vous me paraissez si lointaine.

Aphrodite
Suis-je la cause de ce trouble ?

Perséphone
Délivrez-moi de la douleur. Approchez-vous, parlez-moi d’amour. Faites taire le doute.

Aphrodite
Je…

Perséphone
Vous…

Silence.

Aphrodite
Sortons.

Perséphone
Emmenez-moi où vous voudrez.

***

Acte I, scène 7
Cassandre, Déméter

Déméter
Les voilà parties. Notre amie est bouleversée !

Cassandre
L’amour, toujours, nous fera tourner la tête. Je suis quand même inquiète.

Déméter
Cette ardeur serait trompeuse ?

Cassandre
Ma chère, vous m’embarrassez… Ah, mais revoilà notre protégée !

***

Acte I, scène 8
Cassandre, Déméter, Perséphone

Perséphone
Mes amies, la vie est belle ! J’aime et suis aimée ! N’y a-t-il rien de plus beau ?

Déméter
Quelle heureuse nouvelle !

Perséphone
Le gris qui ternissait mes nuits s’envole et voici qu’en mon sein surgit la lumière.

Cassandre
L’amour est une douce chose. Je me réjouis de la joie qu’il fait naître chez une amie. Ma chère, je suis heureuse !

Perséphone
Elle est la lumière, mon ardeur profonde, elle éclaire mes nuits et rend ma vie nouvelle. Ah mes amies, laissez-moi vous embrasser !

Elle se lève et embrasse Cassandre et Déméter.

Cassandre
Grand dieux, quelle fougue !

Perséphone
Ne parliez-vous point de liberté ?

Déméter
Je suis gênée.

Cassandre, dans un sourire
Peu importe la raison. Celle du cœur prévaut toujours.

Déméter
Sortons, voulez-vous ? Je n’en puis plus de ne pas bouger.

Perséphone
Allons nous promener !

Cassandre
Bonne idée. Venez !

Les trois femmes se lèvent et sortent.

Acte II, scène 1
Cassandre, Déméter, Perséphone, dans un jardin ombragé

Déméter, observant Perséphone qui marche gaiement devant elle
Son élan me trouble. Cette exaltation a le charme trompeur des histoires passionnées.

Cassandre
Que la fatale ardeur pourrait consumer. Nous tromperions-nous ?

Déméter
Je l’ignore. Quelque chose éveille en moi la suspicion.

Cassandre
Son assurance ?

Déméter
Sa rapidité.

Cassandre
Laissons le temps au temps. Il faut bien se rencontrer.

Déméter
Feu et flamme ne sont pas une seule et même chose, tu ne l’ignores point.

Cassandre
En effet. L’aiderons-nous ?

Déméter
Malheureusement, nous ne pouvons qu’observer. Comparées à sa ferveur, nos recommandations sont sans valeur.

Cassandre
Mais le feu, l’amour, les émotions ?

Déméter
Traîtres signes de la passion comme lueurs d’un sentiment véritable. Je ne sais dire.

Cassandre
Où donc est-elle passée ? La vois-tu ?

Déméter
Mon dieu, la revoici mais elle semble bouleversée !

***

Acte II, scène 2
Cassandre, Déméter, Perséphone

Perséphone
Ah mes amies, cela est affreux ! Mon cœur saigne, ma douleur est intolérable ! Une flèche en mon sein vient de se figer et me fait mourir.

Cassandre
Que se passe-t-il, Perséphone, parle !

Perséphone
Mon cœur, mon pauvre cœur… Les cieux en sont témoins, vient de m’être arraché. Ô cruel destin ! Je suis éconduite sur les rivages malheureux de l’infortune et du déclin ! Pourquoi fallait-il qu’à l’amour trompeur je m’attache ? Suis-je haïe des dieux pour subir pareil tourment ? Délivrez-moi de la souffrance ! Chassez la peine et la fureur qui m’égarent ! Je suis victime de l’ironie du ciel, car elle aime ailleurs !

Déméter
Déjà ?

Cassandre
Que veux-tu dire ?

Perséphone
Je l’aperçus ici même en compagnie d’une autre, enlacées toutes deux au creux de leur ardeur. L’horreur me glace, la stupeur me fige, la trahison me soulève, la colère exulte. Mon sang se retire, je pâlis, prête à défaillir. Mon impuissance me fit vaciller, je m’enfuis, désespérée.

Déméter
Es-tu certaine ?

Perséphone
Le doute, hélas ! n’est point permis. Ce que je vis était la réalité d’une horreur fugace, doublée d’une trahison tenace. C’est plus que je ne puis supporter. Ôtez-moi la vue et les sens, que jamais plus je n’endure une telle souffrance ! Arrachez-moi ce fourbe cœur qui me déporte vers l’effroi ! Je meurs, mes amies, ne me retenez point ! Pâle est la raison, insipide la consolation. Laissez-moi, je vous en conjure, à ce funeste sort qui est le mien !

Déméter
Ne torture point ce cœur qui souffre déjà. Accepte notre compagnie et ne nous renvoie point.

Cassandre
La solitude ne te sera point consolatrice, crois-moi. N’assombris pas le monde, chère enfant, plus qu’il ne l’est déjà.

Perséphone
Comment voir la lumière quand je ne suis qu’ombre ? Non, mes amies, vous ne pouvez rien, cruelle est cette vie qui se joue de ma foi ! Je n’en veux plus, laissez-moi. C’est ainsi que je vis, c’est ainsi que je meurs !

Elle s’enfuit.

***

Acte II, scène 3
Cassandre, Déméter

Cassandre
Cruel destin !

Déméter
Féroce amour, pourquoi te dérobes-tu toujours ? Regarde cette amie éplorée ! Vois notre impuissance !

Cassandre
L’illusion de l’amour est plus répandue que son art véritable, hélas, il est vrai.

Déméter
Quelle souffrance !

Cassandre, dans un soupir
Tu as raison.

Déméter
Mon sang bouillonne de fureur ! Comment peut-on ?

Cassandre
Infliger tant de mal  à l’innocence? Je l’ignore. Mais qui est coupable ?

Déméter, surprise
Que veux-tu dire ?

Cassandre
Qui dans sa fougue s’est aveuglée ? Sourde à nos paroles est restée ? Est-il juste ou injuste de voir la vérité ?

Déméter
Comment peux-tu dire cela ? Vois sa douleur !

Cassandre
C’est l’illusion qui la fait souffrir, point ce qu’elle vit. L’objet de son amour l’a-t-elle trompée, sont-ce les sentiments qui l’enivrèrent ? Aurait-elle accepté de ne pas être chère ?

Déméter
Tu dis vrai, mais je suis triste pour elle. De l’obscurité, je voudrais qu’elle voit la lumière.

Cassandre
Rares sont les yeux qui s’ouvrent à elle.

Déméter
Ces jardins sont bien sombres tout à coup.

Cassandre
Désenchantement des sentiments assombrit cœur et sens, mon amie.

Déméter
Partons, veux-tu ? Allons la chercher.

Cassandre
Oui, retrouvons ce cœur éperdu, avant que le désespoir, bourreau des âmes en peine, ne fasse son office. Dépêchons-nous !

***

Acte II, scène 4
Perséphone, seule

La douleur étreint ma chair ! Je ne puis survivre à ce nouveau mal. Je me glace et me consume, me perds dans la haine de cette vie dépourvue de sens ! La rage obscurcit mon regard, je ne vois qu’ombres furieuses ! La solitude et la compagnie me font horreur, mes nuits sont interminables, brûlées par le chagrin d’une perte irrémédiable ! Je perds la folle flamme de mon ardeur, ne suis que cendres ! Aidez-moi, mes amies, adoucissez mon chagrin ! Hélas ! Vous n’êtes point là et je reste seule avec ma détresse. Le trouble qui m’enserre augmente, je titube et chancelle sur le chemin irrésolu de ma peine. Mon amour, ma loi, comment as-tu pu trahir de ta flèche cruelle ce cœur qui battait pour toi ? Es-tu sans pitié, toi qui m’assassinas de ta hardiesse ? Je ne puis quitter des yeux la beauté de ce visage qui naguère me transporta, et découpe à présent ma chair de son absence vorace. Que je disparaisse ! Que le ciel m’ouvre ses nuages, les archanges leur pitié, je ne puis supporter le fardeau de cette trahison ! Ô cruelle vierge, divine chasseresse, n’oublie pas la foi qui était la mienne et contemple ma fin !

Elle tombe, inanimée.

***

Acte II, scène 5
Cassandre, Déméter, courant

Déméter
Mon dieu, nous arrivons trop tard ! Vois la pâleur de son corps qu’aucune vie n’agite !

Cassandre
Elle vit, rassure-toi. C’est la faiblesse qui l’aura submergée. Aide-moi, transportons-la au soleil.

Déméter, déplaçant Perséphone avec Cassandre
Quelle furie l’a ainsi prise au dépourvu ? Faut-il donc que l’amour l’abandonne à ses Cerbères ?

Cassandre
La vérité des sentiments est parfois pire que leur beauté.

Déméter
Mais enfin ! Qu’allait-elle s’enflammer pour ce cœur déjà pris ?

Cassandre
Nul ne le sait !

Déméter
Voici qu’elle revient à elle.

***

Acte II, scène 6
Cassandre, Déméter, Perséphone

Perséphone
Ah mes amies, vous voilà ! Et déjà je me sens moins seule. Pardonnez-moi de m’être enfuie, la douleur était trop forte.

Cassandre
Ce n’est rien. Nous voici.

Déméter
Comment te sens-tu ?

Perséphone
Mal, hélas ! Le chagrin remplace la colère et je ne sais, des deux, lequel je préfère. Triste sort que le mien ! Je crois découvrir l’amour véritable, mais les ailes de la trahison s’abattent sur mes espoirs. L’incompréhension me fige, une injuste punition vrille mes entrailles. Que vais-je devenir, dans ce désarroi qui est le mien ? Suis-je condamnée à demeurer seule ?

Cassandre
La fatalité est donc ce qui te hante ? Mais où vas-tu chercher pareille absurdité ?

Perséphone
Car c’est bien là mon fardeau et ma croix, de ne pouvoir trouver ce sentiment si ardemment cherché ! Chaque fois il m’échappe, se joue de moi et m’abandonne ! N’est-ce point là signe évident d’un funeste destin ?

Déméter
Perséphone, ma chère, tu mélanges choses de la terre et du ciel ! La chair et l’esprit sont liés par le même chemin, pourquoi les cherches-tu séparément, en vain ?


Download this book for your ebook reader.
(Pages 1-12 show above.)